Martin Pipe, l'autodidacte devenu maître

16/02/2026 - Actualités
Parti sans méthode, sans certitudes et sans formation, Martin Pipe s’est d’abord improvisé entraîneur presque par accident. Il deviendra pourtant l’homme qui a fait basculer l’obstacle britannique dans l’ère moderne.  

 Martin Pipe, de zéro à héros

 
Rien dans la jeunesse de Martin Pipe ne laissait présager qu’il deviendrait l’homme qui allait transformer en profondeur l’entraînement d’obstacle. Né en 1945 dans le Somerset, fils d’un bookmaker possédant plusieurs dizaines de points de paris, il grandit davantage dans l’univers des cotes et des chiffres que dans celui des écuries. Élève sans parcours académique remarquable, il quitte l’école avec peu de diplômes et travaille d’abord dans l’entreprise familiale, tout en montant occasionnellement en point-to-point comme amateur. Son ambition première est alors de devenir jockey professionnel, mais le talent ne suit pas vraiment : il ne remporte qu’une seule course et une blessure met rapidement fin à ses espoirs. L’entraînement ne fait alors pas partie de ses plans. Lorsque son père aménage des boxes pour ses propres chevaux, Pipe accepte presque par défaut de s’en occuper, reconnaissant lui-même qu’il ne savait absolument rien du métier et n’avait jamais envisagé d’en faire une carrière.
 
 
Lorsqu’il obtient sa licence d’entraîneur en 1974 et s’installe à Pond House, une ancienne porcherie transformée en écurie familiale, ses débuts sont à l’image de son inexpérience : hésitants et souvent infructueux. Pipe apprend seul, sans mentor ni doctrine, tâtonnant et accumulant les erreurs. Son premier vainqueur, Hit Parade à Taunton en 1975, reste d’ailleurs entouré d’une anecdote révélatrice. Avant la course, son propre père annonçait aux parieurs qu’il était prêt à prendre tous les paris contre le cheval, persuadé que son fils ne gagnerait jamais une course. Cette absence de formation classique, loin d’être un handicap, devient pourtant son principal atout. N’ayant aucun dogme à respecter, Pipe construit progressivement sa propre méthode, observant, testant et remettant en cause les habitudes d’un milieu encore très traditionnel, une démarche qui allait bientôt changer le visage des courses d’obstacles britanniques.
 
 
    Pipe dans ses ecuries de Pond House
 
 
Pipe commence alors à lire tout ce qu’il peut sur la préparation physique humaine, s’intéresse au cyclisme, à l’athlétisme, et commence à appliquer aux chevaux des principes jugés à l’époque presque iconoclastes : travail fractionné, suivi précis du poids, fréquence cardiaque, nutrition adaptée. Certains confrères ironisent ouvertement. Lui continue, persuadé que la performance passe par la condition physique avant tout. Le succès ne tarde pas. Dans les années 1980 et 1990, l’écurie de Pond House devient une véritable machine à gagner. Les chevaux de Martin Pipe arrivent en piste extrêmement affûtés, capables d’imposer des trains élevés qui étouffent leurs adversaires. Sa capacité à transformer des chevaux ordinaires en compétiteurs redoutables forge sa réputation. On ne compte plus les fois où il achète des chevaux modestes qui ont vu leurs valeurs progresser de plusieurs dizaines de livres après quelques mois sous son entraînement, au point que certains propriétaires parlaient presque de “miracle Pipe”.
 
 
   Make a Stand, l'un des meilleurs chevaux entraînés par Pipe durant sa riche carrière
 
 
Son palmarès devient rapidement vertigineux. Quinze fois champion entraîneur en obstacle, un record à l’époque, plus de 4 000 victoires en carrière, et une domination presque insolente sur certaines saisons. Le Festival de Cheltenham devient son terrain de chasse privilégié, avec 34 succès, dont plusieurs victoires dans les plus grandes épreuves. Des chevaux comme Carvill’s Hill, Make A Stand ou encore Well Chief incarnent sa réussite, mêlant dureté, vitesse et une préparation physique irréprochable. Make A Stand, notamment, reste dans les mémoires pour sa démonstration dans le Champion Hurdle 1997, menée tambour battant, illustration parfaite de la philosophie Pipe.
 
Lorsqu’il prend sa retraite en 2006, laissant les rênes à son fils David, le paysage des courses britanniques n’est plus le même. L’entraînement est entré dans une ère professionnelle, scientifique, où la préparation physique est centrale. Martin Pipe, parti de l’aveu qu’il ne savait pas entraîner un cheval, aura finalement appris au monde entier comment le faire. Et c’est sans doute là son héritage le plus durable.
 
 
 Martin Pipe a vu son fils David lui succéder

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