Siyouni : pourquoi est-il si bon ?

19/09/2023 - Zoom Etalon
 En tête du classement des étalons français par les victoires et les black types, le roi Siyouni réalise un exercice 2023 dantesque avec 3 champions que sont Paddington, Tahiyra et Mqse de Sévigné. Il est plus que jamais une star internationale, mais la question est : pourquoi est-il aussi bon ? !!!...

 

Siyouni, le roi des étalons français : pourquoi est-il si bon ?

 

En un peu plus de 10 ans, Siyouni est passé du statut de "rookie", à 7000 € la saillie, jusqu'à devenir le leader incontesté en France, et l'un des meilleurs étalons en Europe, trônant à 150 000 €. Une telle success-story est rare, même si l'hexagone en a connu 3 récemment avec Le Havre, puis Wootton Bassett, et donc Siyouni. Ce dernier est le seul encore actif en France, et trône en tête de tous les classements France Sire en terme de victoires et black-types. En 2023, la star des Aga Khan Studs réalise un festival avec 3 champions à travers l'Europe : Paddington (4 Grs.1), Tahiyra (3 Grs.1) et Mqse de Sévigné (2 Grs.1). Il a aussi acquis le statut de référence aux ventes de yearlings. Alors oui, ce n'est pas nouveau que Siyouni est un grand étalon, mais la question est pourquoi ?. Tentative de réponse. 

 

Siyouni, lauréat d'un Lagardère de haut vol, laissant notamment au 4e rang un certain Lope de Vega...(aprh)

 

 Un champion précoce... L'était-il vraiment ? 

En 2020 à la Route des Etalons, l'entraîneur de Siyouni, Alain de Royer Dupré, nous confiait qu'il avait été très étonné du changement physique du cheval de 3 à 4 ans, qui avait selon lui fait une poussée de croissance. Pourtant, Siyouni a eu la carrière d'un cheval précoce, ce qui était déjà assez extraordinaire pour un "Aga Khan", élevage reconnu mondialement, mais certainement pas en tant que fournisseur de "vite et précoce". Siyouni a ainsi gagné en mai de ses 2 ans, et a couru 6 fois à cet âge, sans jamais quitter les 2 premières places, et en remportant le Prix Jean-Luc Lagardère. Pourtant, le fait qu'il n'ait pas vraiment confirmé à 3 ans a questionné l'Aga Khan sur sa place au haras, tant et si bien que le cheval aurait pu être castré et vendu à Hong Kong. Au lieu de ça, Siyouni est rentré en syndication, une première pour un étalon Aga Khan depuis Darshaan dans les années 80. Il a fallu créer un pool de soutien pour ce jeune étalon qui n'avait pas à la base le profil pour devenir une superstar. 

 

Réecouter l'analyse d'Alain de Royer Dupré sur Siyouni et sa réussite au Haras

 

 

Alain de Royer Dupré indiquait également dans cette interview de 2020 que Siyouni tirait beaucoup, ce qui lui avait sûrement coûté quelques meilleurs classements. Peut-on spéculer sur le fait que Siyouni a fait sa carrière à 2 ans sur sa classe plus que sur de réelles qualitées de précocité ? Evidemment, le cheval avait de la vitesse et une certaine précocité, mais aurait peut être pu s'exprimer mieux à 3 ans en ayant un parcours plus "light" à 2 ans. Avec des si, on met Paris en bouteille. Mais cette analyse d'Alain De Royer Dupré met en exergue une règle d'or  : tous les champions ne font pas de grands étalons, mais tout grand étalon, sauf exception rarissime, a d'abord été un grand cheval de course. 

 

 

La dureté familiale et des croisements "simples et efficaces"

Siyouni est un pur Aga Khan de l'élevage à l'entraînement jusqu'au haras, mais provient d'une souche Lagardère, acquise aux Etats-Unis. La première chose qui ressort de cette famille est une grande dureté et longévité. Par exemple, sa 3e mère Country Queen avait gagné 12 fois en 42 sorties (!) de 2 à 5 ans, remportant notamment un Gr.1 sur 2000m, mais se montrant également performante au niveau stakes de 1300m à 2000m. Il y a une vitesse inhérente à cette famille de par ses inbreedings plus anciens avec Bull Dog et Nearctic, et la quasi totalité des meilleurs éléments de la famille performait jusqu'à 2000m maximum. Même l'oncle Slickly a gagné Gr.1 sur 1600 et 2000m, mais trouvait le temps long sur 2400m. Sichilla, la mère de Siyouni, par le grand sprinter et étalon Danehill, gagna sa Listed sur 1400m. 

 

Le légendaire Jean-Luc Lagardère avait ramené des Etats-Unis la souche de Siyouni avec la robuste Country Queen

 

Les croisements dont elle a été l'objet au haras ont montré que ce qui marchait le mieux était de lui amener des étalons qui ne dénaturait pas sa vitesse. Elle a ainsi produit Siyouni avec Pivotal, un pur sprinter, avant de donner la double gagnante de Gr.1 Siyouma avec le miler Medicean. Sichilla a ensuite eu moins de réussite avec des étalons aux profils plus classiques, même si elle a donné 2 lauréates de Listed avec Azamour et Galileo... et quand même sur 1600m ! L'une de celles-ci, Siyenica (par Azamour), a ensuite donné la gagnante de Gr.1 Siyarafina... en retrouvant le croisement avec Pivotal ! En fait, les lignes de pedigree de Siyouni sont quasiment uniquement constituées de chevaux de vitesse ou de milers (Pivotal, Danehill, Danzig, Cozzene, Explodent, Nureyev...), à l'exception de son grand-père maternel Conquistador Cielo, qui a gagné les Belmont Stakes (Gr.1) sur 2400m, mais avait tout de même gagné Gr.2 sur 1200m à 2 ans. 

 

Conquistador Cielo, aieul de Siyouni, un cheval alliant tenue et vitesse

 

Le pedigree de Siyouni fut ainsi précurseur sur deux plans. Le premièr est l'apport des courants de sang américains, qui reviennent ces 3-4 dernières années sur le devant de la scène pour apporter une vitesse dite "intermédiaire", c'est à dire plus simplement la vitesse de croisière très élevée des chevaux de dirt. Elle est l'apanage en Europe des chevaux de vitesse, mais bien moins des chevaux classiques, qui ont des pointes de vitesse acérée certes, mais qui s'expriment de nos jours plus rarement avec l'assèchement des terrains et les rythmes de course plus élevés. Le second est bien plus terre à terre. Siyouni est indemne du sang de Sadler's Wells et Galileo, la lignée la plus influente en Europe avec celles de... Danehill et Pivotal ! Siyouni en combine 2 en première génération, et croise logiquement magnifiquement avec Galileo, ce qui a donné nombre de bons chevaux dont les 2 champions St Marks Basilica et Sottsass. Les éleveurs ne s'y trompent pas, car en 2023, quasiment un quart des 135 juments saillies sont par Galileo. 

 

Siyouni et Galileo, un alliage pour concevoir des champions, comme St Mark's Basilica et Sottsass (aprh)

 

Des qualités identifiées et une vraie régularité dans la production

Ce qui fait de Siyouni un étalon très apprécié, au delà de sa réussite, est la régularité de sa production, tant au modèle qu'aux aptitudes. La famille de Siyouni est remplie de chevaux de vitesse, qui ont de longues carrières à bon niveau. Siyouni est lui même très clairement un vecteur de vitesse, et la majorité de ses grands performers s'expriment entre 1600 et 2000m. Sottsass, gagnant de l'Arc sur 2400m dans un terrain très souple, fait figure d'exception, et a tout de même gagné 2 Grs.1 sur 2000m. Mais si l'on se penche sur les 9 autres gagnants de Gr.1 : Amelia's Jewel, Ervedya, Mqse de Sévigné, Paddington, Laurens, Tahiyra, Etoile, St Marks Basilica et Dream And Do, leurs victoires au plus haut niveau se situent toutes entre 1600 et 2000m. La plupart de ces grands performers sont aussi des chevaux qui s'annoncent à leur zénith de l'automne de leur 2 ans à la fin de leur année de 3 ans, tout en sachant poursuivre les efforts à 4 ans. On ne peut pas non plus lui reprocher de sortir plus de bonnes femelles que de mâles, ou inversement. 

 

La championne Tahiyra, portrait craché de son père aussi bien physiquement que dans les aptitudes (photo The Winner's Enclosure)

 

Siyouni a aussi une régularité dans le modèle de sa progéniture, très près du sang, avec une conformation souvent parfaite, beaucoup d'équilibre et une masse musculaire importante. Les qualités qu'il apporte sont donc bien identifiées par les éleveurs, et c'est un gage de réussite. Avec Siyouni, on sait généralement ce qu'on va avoir... et ce que l'on n'aura pas ! Qui plus est, sa facilité de croisement avec toute la lignée de Sadler's Wells lui a donné bien plus d'opportunités que d'autres étalons avec lesquels il faut se creuser la tête pour ne pas voir ce sang répliqué à outrance. Sa réussite ces dernières années, ainsi que celle de Wootton Bassett, mais aussi de Dubawi et ses fils, montre que ce côté "outcross", même si le mot est utilisé à tort et à travers, est un vrai atout pour s'imposer sur le marché européen. 

 

Le yearling de Siyouni et Hourglass vendu 2,2M € en août à ARQANA : là encore, on reconnaît la signature de papa ! (photo Z.Lupa)

 

Un attrait des grandes puissances, et une nouvelle dimension aux ventes

Le dernier point clé pour qu'un étalon s'impose dans le top européen est sa réussite aux ventes, et le soutien qu'il reçoit des grandes puissances. C'est en 2019 que Siyouni a signé son premier millionnaire aux ventes, à Tattersalls, avec un poulain vendu 1,3M de Guinées à Coolmore. Ce yearling est devenu le champion St Mark's Basilica, acheté à l'époque sur la foi des exploits de son frère Magna Grecia, et devenu finalement encore meilleur. Aujourd'hui, St Mark's Basilica est l'un des jeunes étalons les plus attendus du marché européen. Depuis, Siyouni est devenu l'un des étalons "pourvoyeurs de millionnaires" aux ventes, et le fait plus régulièrement. Certes ces dernières générations sont meilleures en qualité de juments, et le prix de saillie a augmenté. Il y a une logique, mais ce statut acquis par Siyouni d'étalon commercial lui a fait passer un cap, que même un Le Havre n'avait jamais réussi à atteindre. 

 

La team Coolmore, un nouvel allié de poids pour Siyouni (photo Racing Post)

 

Les grandes puissances de l'élevage européen s'y sont aussi rendues de plus en plus. L'Aga Khan, cela tombe sous le sens, mais les frères Wertheimer ont envoyé plus de juments récemment à Siyouni, et surtout Coolmore. De par son besoin de sortir des étalons avec des courants de sang différents pour croiser avec toute sa jumenterie par Galileo, le géant irlandais mise de plus en plus sur Siyouni, non seulement en achetant des yearlings, mais aussi en envoyant des juments directement à la saillie, et des très bonnes ! L'amour des grandes puissances de l'élevage pour la star française lui donne une aura internationale qui lui a fait vraiment passer un cap. Il est aujourd'hui clairement identifié comme un membre du top 5 européen, avec les Frankel, Dubawi, Kingman, Lope de Vega, Dark Angel, Wootton Bassett... Bref, le club des stars ! 

 

Le futur : et si c'était encore mieux ? 

En 2023, Siyouni a atteint le cap symbolique des 150 000 € la saillie. C'est le signe d'une réussite immense, mais aussi un nouveau statut à assumer. Il l'a fait en champion, avec les meilleurs 3 ans européens que sont Paddington et Tahiyra, et des 2 ans très prometteurs comme Elbaz, Military, Johannes Brahms, Macu, et tout ceux encore à débuter. 2023 est aussi le déclenchement de Siyouni en tant que père de pères, avec la réussite de la première génération de City Light en piste et celle de Sottsass aux ventes. Il commence aussi à se faire remarquer comme père de mères. Ce nouveau chapitre qui s'ouvre, celui de l'héritage, est tout aussi important pour faire de Siyouni un étalon qui va traverser les âges. 

 

La championne Tarnawa fait partie des prétendantes de luxe de Siyouni en 2023 (aprh)

 

Désormais actif en 2e partie de saison pour les juments de l'hémisphère Sud, Siyouni peut aussi espérer percer à grande échelle en Australie, où il a déjà une championne nommée Amelia's Jewel. Ce sera plus compliqué, car le sang de Danehill y est très présent, et Siyouni en est très proche. Le book de juments saillies en 2023 par Siyouni laisse aussi entrevoir un futur brillant sur les pistes. Plus de 40% de ses 135 juments sont reliées en première génération à des gagnants de Gr.1. Il a notamment sailli les gagnantes de Gr.1 Bateel, Cursory Glance, Estimate, Forever Together, Great Heavens, Tarnawa, Teppal, Timepiece ou encore Zarkava, et les mères des gagnant(e)s de Gr.1 Snowfall, Paddington, Wooded, Bucanero Fuerte, Mqse de Sévigné, Intellogent et Alenquer. Ajoutez à cela nombre de performeuses au niveau stakes, et il n'y a rien à jeter dans ce carnet de bal. Sachant que Siyouni a démarré (et sans aucune offense) avec des juments moyennes, on peut espérer un règne sans partage dans quelques saisons. Il est aujourd'hui devenu un étalon pour lequel tous les meilleurs se déplacent. On peut l'analyser de bien des façons, mais l'important est finalement qu'il soit bon... Et ça, ça ne s'explique pas ! 

 

 

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